Les stratégies se prennent loin du bureau​

Pourquoi les meilleures décisions stratégiques se prennent loin du bureau

La science de l'incubation mentale et de la marche

Beaucoup de dirigeants ont remarqué que leurs meilleures idées n'arrivent jamais en réunion, mais en marchant, sous la douche, dans les transports, ou au réveil, sans lien apparent avec le moment où le problème a été posé.

Ce n'est pas une coïncidence : c'est l'effet d'incubation, un phénomène bien documenté en psychologie cognitive.

Quand l'attention se détourne d'un problème, le cerveau continue de le traiter en arrière-plan, tout en se libérant des fausses pistes de résolution auxquelles on restait accroché par fixation.

Pour un dirigeant confronté à un arbitrage complexe, une réorganisation, une négociation, un choix stratégique à plusieurs variables, cela veut dire une chose contre-intuitive : rester enfermé dans la salle de réunion jusqu'à trouver la réponse est souvent la pire stratégie possible.

dirigeant marche

Ce que la recherche dit sur la marche

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du nombre de réponses créatives par rapport à la position assise.

Une nuance compte toutefois : la marche booste surtout la pensée divergente (générer des idées, explorer des alternatives), beaucoup moins la pensée convergente, celle qui consiste à trouver une seule bonne réponse à un problème fermé.

Pour un dirigeant, cela signifie que la marche est un excellent outil pour explorer des options stratégiques ou débloquer une négociation enlisée mais pas forcément pour trancher un calcul financier précis.

Pourquoi la distance change la qualité du jugement

Au-delà de la marche, le principe plus large est celui de la distance psychologique.

Prendre du recul par rapport à un problème physiquement, en changeant de lieu, ou mentalement, en se projetant dans le temps modifie la façon dont on l'évalue.

On devient moins sensible aux détails émotionnels immédiats et plus capable de percevoir la structure générale du problème et ses implications de long terme. C'est précisément ce qui manque le plus souvent aux décisions prises « à chaud », en réunion, sous la pression du temps.

Un dirigeant qui tranche un sujet stratégique majeur dans la même salle, avec les mêmes personnes, dans le même état de tension que celui qui a fait émerger le problème, a statistiquement moins de chances de produire un jugement équilibré qu'un dirigeant qui s'accorde un temps de recul avant de trancher.

Ce que cela change dans l'agenda d'un dirigeant

Ces résultats ont une traduction opérationnelle simple, même si elle va à l'encontre des réflexes de gestion du temps les plus répandus :

Séparer le temps de génération d'options et le temps de décision.
Les grandes options stratégiques gagnent à être esquissées loin du bureau, puis évaluées et tranchées dans un second temps, à tête reposée.

Ne pas confondre urgence et disponibilité mentale.
Un sujet urgent n'a pas besoin d'être traité dans l'instant où il est signalé, mais dans les meilleures conditions cognitives possibles, quitte à introduire un délai court mais réel.

Protéger des marges dans l'agenda, pas seulement des blocs de travail.
Un agenda entièrement rempli de réunions ne laisse aucune place à l'incubation. Les temps « vides » ne sont pas des pertes de productivité : ce sont les conditions dans lesquelles le cerveau assemble les informations accumulées.

Vous l'avez compris, le dirigeant le plus performant n'est pas celui qui travaille le plus fort sur une décision, mais celui qui crée les conditions : mouvement, distance, repos dans lesquelles la meilleure décision a le plus de chances d'émerger d'elle-même.

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